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1 juillet 1832 - Numéro 36
 
 

 



 
 
    

Nous voulions répondre aux articles des nos du juin du Courrier de Lyon, où il attaque avec violence les acquittés de Riom, le jury et même la cour. Mais nous ne pourrions rien dire qui rendit mieux notre pensée que les passages suivans que nous empruntons au Précurseur.

« Maintenant un jury, composé d’hommes estimables, absout à l’unanimité des hommes que nous avions cru innocens, et vient ainsi par son verdict d’acquittement, corroborer notre conviction. - Les hommes de sang sont furieux : leur proie leur échappe, ils poussent d’atroces hurlemens. Ils ne peuvent guillotiner les accusés de Riom : ils les souilleront, autant qu’il sera en eux, par leur griffe impure.

Voyez la rage du Courrier de Lyon ; les accusés sont des infâmes qui ont tué. - Il a été cependant prouvé, sans contest, par la déposition de M. Michel-Ange Périer1, que lui et ses amis n’avaient rien fait de propos délibéré ; qu’ils s’étaient mêlés généreusement au peuple pour prévenir les excès et maintenir la sécurité de la propriété. - Singuliers assassins ! Nous le demandons à tous les hommes de bonne foi : s’il nous arrivait, à cette heure, d’imprimer que les rédacteurs du Courrier de Lyon sont des assassins, qu’ils ont tué, est-ce qu’ils ne déposeraient pas [3.1]une plainte contre nous en calomnie au greffe de la police correctionnelle ? - Est-ce que le procureur du roi qui n’est pas forcé légalement à poursuivre, ne le ferait pas dans ce cas pour obéir moins aux devoirs de son état qu’à une amitié qui peut avoir aussi ses devoirs ? - Nous n’attendons pas de la complaisance de M. Varenard qu’il attaque en calomnie les rédacteurs du Courrier: tout le monde ne ressemble pas à Brutus ; mais est-ce que M. Périer, s’il n’avait pas au plus haut degré cette générosité de caractère dont il a donné tant de preuves, ne pourrait pas attaquer judiciairement ses infâmes calomniateurs ?

Nous le disions encore dans notre numéro de dimanche dernier : le Courrier nous reproche souvent de faire un appel aux passions, de réveiller les haines éteintes. Nous n’avons jamais eu, nous n’aurons jamais que des paroles de paix pour toutes les opinions honnêtes, toutes les conviction consciencieuses : car nous savons que l’avenir de l’humanité n’est pas dans la lutte. Mais le Courrier qui nous fait honneur de ses qualités, s’applique sans cesse à rallumer les dissensions et à attiser des cendres tièdes encore. Pour lui, l’insurrection de novembre, c’est la violation des propriétés, l’assassinat, l’incendie et le pillage : c’est encore une odieuse insurrection, une violation du pacte social, un crime punissable de toutes les rigueurs de la loi. - Il paraît que lors des événemens de novembre, les actionnaires actuels du Courrier de Lyon jugèrent à propos de punir ces crimes non par toutes les rigueurs des lois, mais par des souscriptions de 25,000 fr. qu’ils n’ont pas encore jugé à propos de payer. - Ce grand mouvement fut l’insurrection de la faim et du travail contre le luxe et l’oisiveté. Je sais bien dans les intérêts de ce règne de l’intelligence pure dont nul homme plus que moi ne désire l’intronisation, une émeute rationnelle par la parole et les articles de journaux est infiniment préférable. - Mais quand la richesse s’est bouché opiniâtrement l’oreille contre les conseils des sages ; - quand dans une famille dont chaque membre travaille quinze heures par jour, il n’y a ni joie, ni pain ; - quand vous autres, heureux du monde, vous leur avez refusé une éducation qui aurait pu adoucir la rudesse de leurs mœurs ; - auriez-vous bien le courage de les accuser d’une insurrection que votre incurie et votre cruauté ont provoquée ? D’ailleurs au plus fort du combat les ouvriers ont encore fait preuve autant de respect pour la personne humaine et pour la propriété, que de courage intrépide et d’incroyable héroïsme.

Notes (Nous voulions répondre aux articles des n os...)
1 Michel-Ange Périer, avocat et républicain, combattant de Juillet et surtout de Novembre 1831 où il se rangea au côté des canuts. Il sera l’un des rédacteurs de La Glaneuse. Accusé et acquitté lors du procès de Riom il sera en juillet 1833 l’un des membres du premier « comité invisible » de la Société des droits de l’homme. Il a surtout été l’un des principaux avocats des causes impliquant des canuts ou d’autres corps de métiers lyonnais lors des années 1831-1834.

 

 

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