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1 juillet 1832 - Numéro 36
 

 




 
 
     
AVIS.

[1.1]Les personnes dont l’abonnement est expiré, sont priées de venir le renouveler si elles ne veulent pas éprouver de retard dans l’envoi du Journal.

LYON1.
INDUSTRIE LYONNAISE.

Les récoltes de toute espèce se présentent partout magnifiques, et celles qui nous intéressent le plus directement, la soie et le blé, sont déjà assurées.

L’abondance de la première nous promet du travail, si le calme se rétablit en Europe et surtout en France ; la richesse extraordinaire de la seconde, nous assure du pain à bon marché. Quant à la récolte du vin, elle s’annonce comme les autres, mais elle a plus de chances à courir ; celle-là, d’ailleurs, nous intéresse bien moins ; car la concurrence intérieure ou étrangère réduit tellement nos salaires, que le vin n’est plus guère pour la plupart d’entre nous qu’un objet de luxe.

Les ventes considérables de cocons qui ont déjà eu dans le midi, présentent, en commune, une baisse de 8 à 10 %, sur les prix de l’année dernière, et il est à supposer que la différence sera encore plus forte sur les achats tardifs.

Toutes les lettres d’Italie comparent la récolte de cette année à celle de 1823 qui fut magnifique.

Voilà donc, Dieu merci, le bas prix et l’abondance des matières premières assurés, et c’est une garantie d’affaires pour le commerce en général, et de travail pour l’ouvrier.

Voyons maintenant comment les principales consommations sont disposées à profiter de cette circonstance.

La France a des besoins, et l’activité des demandes de Paris et des provinces, interrompues par le choléra, trouve qu’ils sont grands et que dès que l’agitation et [1.2]l’incertitude qui règnent auront cessé, cette activité reprendra.

L’Amérique du Nord est en ce moment affectée d’une crise causée par une surcharge de marchandises, d’une part, et le manque de numéraire de l’autre.

La surcharge de marchandises provient du beau résultat des dernières saisons ; la rareté du numéraire, de l’état de l’Europe qui n’a pas permis aux Etats-Unis de lui envoyer régulièrement leurs cotons en payement de marchandises. L’échange des produits n’ayant pu avoir lieu, et l’un des pays ayant été obligé d’envoyer des espèces au lieu de marchandises, il y a immédiatement une crise dans ce pays, et par suite, souffrance dans les pays qui travaillent avec lui. Ce qui prouve mieux que tous les raisonnemens, que c’est folie de vouloir établir un commerce avec des pays qui ne produisent rien qui soit susceptible d’être échangé, ou dont on ne veut recevoir que du numéraire.

Les commissions des Américains pour la saison d’automne étant presque nulles et les expéditions de coton des Etats-Unis ayant repris leurs cours, on peut espérer des affaires cet automne pour les ventes du printemps.

L’Angleterre a, depuis 1825, pris rang parmi nos principaux débouchés ; malheureusement notre système de douanes qui prohibe tous, ou presque tous ces produits manufacturiers, arrête l’échange et par conséquent le développement de nos relations avec ce riche pays. L’Angleterre a déjà placé une grande partie de ses ordres pour la saison d’automne, et c’est à cela, en partie, qu’il faut attribuer l’activité qui règne dans certaines branches de notre industrie : mais l’automne n’est pas la saison principale pour nos articles, et l’on peut avancer que les 2/3 des affaires de Lyon ou St-Etienne avec l’Angleterre, se font de février à juin. Si la révolution qui se fait en ce pays, s’opère sans commotion, ce qui serait miraculeux, ses ordres pour le printemps seront très-considérables, en admettant, toutefois, que l’importation des soieries françaises soit encore permise.

L’Allemagne jadis le plus important de nos débouchés en est devenue par l’extension et le développement [2.1]des fabriques étrangères l’un des plus insignifians. Cependant depuis environ un an ses ordres et ses achats ont repris de l’importance et de l’activité, et ils contribuent en ce moment au maintien de beaucoup de métiers qui sans elle et l’ Angleterre seraient oisifs.

Le bas prix des nouvelles matières engagera sans doute cette consommation à demander à Lyon certains articles qu’elle tire de Suisse ou de Prusse ; c’est à nous, fabricans et ouvriers à ne pas laisser échapper l’opportunité.

L’Amérique du Sud est en général agitée dans tous les sens par des troubles et des révolutions qui arrêtent ses développemens et nuisent à nos transactions,

La Russie2, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, les Indes, sont des débouchés moins importans pour nous que l’Amérique du Nord, l’Angleterre et l’Allemagne, mais ils méritent notre attention et sont loin d’être insignifians ; leurs ordres sont souvent très-majeurs et contribuent grandement au maintien de nos fabriques.

Si notre marché était mieux assorti en marchandises fabriquées, les affaires avec toutes ces consommations seraient certainement plus actives ; mais il y a une certaine défaveur attachée à la marchandise faite qui arrête nos fabricans. Le prix des matières premières et l’état de révolution de l’Europe ont d’ailleurs dû calmer les plus hardis. Espérons que la paix et le calme permettront bientôt aux fabricans de profiter de l’avantage des prix pour faire travailler et aux négocians pour reprendre et étendre leurs relations commerciales.

Z.

de la défense devant le conseil des prud’hommes1.

Pendant long-temps, les contestations entre les marchands-fabricans et les chefs d’ateliers furent soumises aux tribunaux ordinaires. Une loi du 18 mars 1806, est venue changer cet ordre de choses en instituant un conseil des prud’hommes. Il était juste en effet de donner des juges spéciaux à une classe aussi nombreuse, mais bien certainement, l’intention du législateur n’a pas été de la priver des garanties qu’elle avait, lorsqu’elle était régie par le droit commun. Aussi n’était-ce pas sans exciter des murmures, que l’ancien conseil jugeait à huis clos. Cet abus disparut à la lueur du soleil de juillet. Il en est un autre que je veux combattre. C’est celui qui consiste à interdire à un individu étranger à la cause, le droit d’assister et de défendre la partie qui l’en charge2.

Le conseil se fonde sur l’article 29 d’un décret du 11 juin 1809, qui est ainsi conçu :

« Tout marchand-fabricant, tout chef d’ateliers, tout contre-maître, tout teinturier, tout ouvrier compagnon ou apprenti appelé devant les prud’hommes, sera tenu sur une simple lettre de leur secrétaire de s’y rendre en personne, au jour et à l’heure indiquée, sans pouvoir se faire remplacer hors le cas d’absence ou de maladie : alors seulement, il sera admis à se faire représenter par l’un de ses parens, négociant ou marchand, exclusivement porteur de sa procuration. »

Il ne faut voir dans cet article que ce qui y est, et ne pas perdre de vue que la défense étant un droit sacré, doit proscrire tout ce qui tendrait à la restreindre. Odia sunt restringenda.

Cet article exige avec raison la présence des parties, mais il ne leur défend pas de se faire assister par qui bon leur semble, légiste ou autre, pour les aider dans leur défense ; et personne, je pense, magistrat ou citoyen, ne me contestera ce principe : que tout ce qui n’est pas défendu par la loi est permis. Le vœu de la loi est suffisamment [2.2]rempli, lorsque la partie appelée comparaîti. Il serait odieux de vouloir commettre un ouvrier simple, quelquefois illitéré, atteint bien souvent de cette maladie morale que j’appellerai crainte ou timidité, laquelle paralyse ses facultés, de le commettre, dis-je, sans appui, avec un homme du monde, un négociant ayant l’habitude de parler en public, élevé à regarder ses juges comme ses égaux, ayant en un mot toute l’assurance, quelquefois la hauteur, dirai-je la fatuité que donnent et l’instruction et la richesse.

En permettant à l’ouvrier de se faire assister par un défenseur quelconque, la balance est rétablie. C’est aussi un moyen d’introduire une jurisprudence uniforme. Qu’on ne craigne donc pas de donner latitude entière à la défense : présentée par des tiers exempts de passions, elle n’en sera que plus décente, plus éclairée et plus brève ; et sous ces rapports, les juges, les justiciables et la morale y gagneront,

Le conseil des prud’hommes ne fera que suivre les erremens des tribunaux de paix et de commerce, et même dans une limite plus restreinte ; car ces tribunaux n’exigent pas, hors certains cas, la présence des parties elles-mêmes ; ils se contentent de la représentation d’un pouvoir spécial, et tout citoyen est apte à se présenter devant eux, muni de ce pouvoir.

Ce serait une erreur de craindre qu’un abus pareil à celui de la postulation exclusive des avoués devant les tribunaux civils, pût se produire devant le conseil. Si les avoués ont pu, contrairement aux plus simples notions de la raison, se dispenser de l’assistance des cliens ou de la représentation d’un mandat écrit, c’est un privilége injuste dont l’obtention tient à des causes étrangères au sujet qui m’occupe, privilége qui disparaîtra nécessairement par suite du progrès des lumières ; car il est aussi une restriction apportée au droit de libre défense, et un monopole établi au profit de quelques-uns au détriment de tous. Ceux qui en jouissent se garderaient bien de l’étendre, et nul autre n’oserait le demander.

Marius Ch...g.


i S’il fallait suivre judaïquement le texte de cet article, on pourrait dire que celui qui fait appeler, c’est-à-dire le demandeur, est dispensé de cette observance : cela ne me paraît pas juste, mais cependant mérite examen, et je pourrai y revenir.

Nous voulions répondre aux articles des nos du juin du Courrier de Lyon, où il attaque avec violence les acquittés de Riom, le jury et même la cour. Mais nous ne pourrions rien dire qui rendit mieux notre pensée que les passages suivans que nous empruntons au Précurseur.

« Maintenant un jury, composé d’hommes estimables, absout à l’unanimité des hommes que nous avions cru innocens, et vient ainsi par son verdict d’acquittement, corroborer notre conviction. - Les hommes de sang sont furieux : leur proie leur échappe, ils poussent d’atroces hurlemens. Ils ne peuvent guillotiner les accusés de Riom : ils les souilleront, autant qu’il sera en eux, par leur griffe impure.

Voyez la rage du Courrier de Lyon ; les accusés sont des infâmes qui ont tué. - Il a été cependant prouvé, sans contest, par la déposition de M. Michel-Ange Périer1, que lui et ses amis n’avaient rien fait de propos délibéré ; qu’ils s’étaient mêlés généreusement au peuple pour prévenir les excès et maintenir la sécurité de la propriété. - Singuliers assassins ! Nous le demandons à tous les hommes de bonne foi : s’il nous arrivait, à cette heure, d’imprimer que les rédacteurs du Courrier de Lyon sont des assassins, qu’ils ont tué, est-ce qu’ils ne déposeraient pas [3.1]une plainte contre nous en calomnie au greffe de la police correctionnelle ? - Est-ce que le procureur du roi qui n’est pas forcé légalement à poursuivre, ne le ferait pas dans ce cas pour obéir moins aux devoirs de son état qu’à une amitié qui peut avoir aussi ses devoirs ? - Nous n’attendons pas de la complaisance de M. Varenard qu’il attaque en calomnie les rédacteurs du Courrier: tout le monde ne ressemble pas à Brutus ; mais est-ce que M. Périer, s’il n’avait pas au plus haut degré cette générosité de caractère dont il a donné tant de preuves, ne pourrait pas attaquer judiciairement ses infâmes calomniateurs ?

Nous le disions encore dans notre numéro de dimanche dernier : le Courrier nous reproche souvent de faire un appel aux passions, de réveiller les haines éteintes. Nous n’avons jamais eu, nous n’aurons jamais que des paroles de paix pour toutes les opinions honnêtes, toutes les conviction consciencieuses : car nous savons que l’avenir de l’humanité n’est pas dans la lutte. Mais le Courrier qui nous fait honneur de ses qualités, s’applique sans cesse à rallumer les dissensions et à attiser des cendres tièdes encore. Pour lui, l’insurrection de novembre, c’est la violation des propriétés, l’assassinat, l’incendie et le pillage : c’est encore une odieuse insurrection, une violation du pacte social, un crime punissable de toutes les rigueurs de la loi. - Il paraît que lors des événemens de novembre, les actionnaires actuels du Courrier de Lyon jugèrent à propos de punir ces crimes non par toutes les rigueurs des lois, mais par des souscriptions de 25,000 fr. qu’ils n’ont pas encore jugé à propos de payer. - Ce grand mouvement fut l’insurrection de la faim et du travail contre le luxe et l’oisiveté. Je sais bien dans les intérêts de ce règne de l’intelligence pure dont nul homme plus que moi ne désire l’intronisation, une émeute rationnelle par la parole et les articles de journaux est infiniment préférable. - Mais quand la richesse s’est bouché opiniâtrement l’oreille contre les conseils des sages ; - quand dans une famille dont chaque membre travaille quinze heures par jour, il n’y a ni joie, ni pain ; - quand vous autres, heureux du monde, vous leur avez refusé une éducation qui aurait pu adoucir la rudesse de leurs mœurs ; - auriez-vous bien le courage de les accuser d’une insurrection que votre incurie et votre cruauté ont provoquée ? D’ailleurs au plus fort du combat les ouvriers ont encore fait preuve autant de respect pour la personne humaine et pour la propriété, que de courage intrépide et d’incroyable héroïsme.

A propos d’un article extrait du Journal des Connaissances utiles1, le Courrier de Lyon du 26 juin contient d’assez longues réflexions sur les rapports existans entre les fabricans et les ouvriers. Nous avons vu avec une vive sensation de plaisir qu’il rendît justice pleine et entière à la probité, la délicatesse, aux mœurs douces et aux sentimens généreux de ces derniers. Ce langage, quand il s’agit du prolétaire, n’est pas ordinaire dans ses colonnes, et nous l’accueillons comme un véritable progrès. Mais tout en lui sachant gré de s’être amendé à cet égard, n’est-il pas pénible de voir des gens spéciaux, des hommes qui doivent avoir au moins du bon sens, reconnaître que le projet de réunion proposé par le Journal des Connaissances utiles est dans l’intérêt bien entendu de la fabrique de Lyon, rappeler qu’une semblable réunion, il y a 3 ou 4 ans, avait rendu de véritables services à l’industrie pendant sa trop courte existence, et ne trouver d’autres empêchemens à la rénovation de si utiles choses que le [3.2]choix du local et l’espèce de monopole de la parole que peuvent usurper quelques membres !

Il faut avouer que voilà de bien sérieuses objections ; des obstacles bien invincibles ! Nous avouons franchement notre peu d’expérience, mais il nous semble qu’il eût été plus simple de chercher à exploiter dans l’intérêt de tous une idée reconnue utile, et nous présumons que la coopération du Courrier de Lyon eût pu être d’un grand poids pour améliorer le projet de réunion proposé par le Journal des Connaissances utiles. Nous attendrons, en conséquence, des argumens un peu plus sérieux pour les combattre et faire connaître nos vues tout entières, et nous espérons que le Courrier voudra bien, pour une fois, descendreà nous répondre.

Nous nous permettrons, seulement, de lui adresser en finissant une légère observation. Il serait bien qu’il se dispensât de cette aigreur continuelle envers les feuilles dont l’opinion n’est pas la sienne. Que signifie cette diatribe ridicule contre le Précurseur et l’Echo ? A-t-il voulu faire de l’esprit ? En vérité nous n’avions pas cru jusqu’ici qu’il y eût de prétentions. Ignore-t-il, peut-être que l’Echo est le seul des journaux de Lyon qui se réimprime hors la France, et qu’en Angletterre il y est lu avec avidité ? Il est vrai que le Courrier a la mémoire bien courte, car ces deux journaux à qui il reproche amèrement l’oubli des intérêts industriels s’en étaient occupés avant lui. En effet, l’article qu’il cite du Journal des Connaissances utiles a été textuellement copié par cette feuille dans l’Echo du 25 mars dernier. Ce même article parut trois jours plus tard dans le Précurseur. Le Courrier seul n’en dit mot. Espérons au moins que ce ne sera pas nuire aux intentions philantropiques qu’il contient que d’apprendre au Courrier qu’il n’est pas d’origine ministérielle.

Léon F......

JURISPRUDENCE USUELLE1

des locations.

Nous nous proposons de traiter sous ce titre tout ce qui a rapport à la location des maisons, et nous pensons être éminemment utiles à nos concitoyens. En effet, combien de contestations les particuliers n’éviteraient-ils pas, s’ils savaient les prévoir ? Combien n’en termineraient-ils pas à l’amiable s’ils connaissaient les principes en vertu desquels les juges prononceront. Il est un axiome de droit qui porte que nul n’est censé ignorer la loi, nemo censitur ignorare legem ; mais, dans la réalité, combien l’ignorent ! Cependant, c’est là l’origine d’une foule de procès minimes et ruineux. La société, jusqu’à ce jour, a-t-elle fait assez pour l’instruction de ses membres ? Non… elle a des juges pour condamner, des prisons pour punir, mais elle manque d’instituteurs pour enseigner ; elle manque d’écoles où la jeunesse et l’âge mûr puissent se rendre. L’Echo s’appliquera, autant que cela dépendra de lui, à combler cette lacune. Si cet essai est accueilli, nous nous ferons un plaisir de continuer cette tâche en traitant successivement des autres parties du droit dans leur application usuelle ; mais sans nous assujettir à un ordre méthodique.

du bail à loyer.

Un bail est une convention par laquelle un propriétaire loue un appartement à un individu qui prend le nom de locataire.

On désigne encore le propriétaire sous le nom de bailleur, et le locataire sous celui de preneur.

Le bail peut se faire de deux manières : par convention écrite ou par convention verbale.

[4.1]La convention écrite se fait pardevant notaire, ou par acte sous seing privé.

Le bail fait devant notaire n’a lieu que dans trois cas, 1° si la location est importante, 2° si l’une des parties ne sait pas signer, 3° si l’on craint que l’une des parties soit de mauvaise foi et désavoue plus tard sa signature.

Hors ces trois cas, le bail sous seing privé est aussi bon que le bail notarié.

Le bail sous seing privé doit être écrit en deux originaux sur papier timbré, en ayant soin de laisser intacts les deux timbres du côté du recto, mais on peut écrire dessus au verso de la page. Il doit contenir la mention de fait et signé double ; la date du jour où il est passé, et être réellement signé par les deux parties.

Le bail sous seing privé fait sur papier non timbré, qu’on appelle papier libre ou mort, est également bon et obligatoire ; néanmoins, indépendamment qu’on commet par-là une contravention à la loi, délit léger en apparence, mais qu’un bon citoyen ne doit pas se permettre, on peut regretter plus tard cette économie ; car, si l’on est obligé de produire ce bail en justice, il est soumis à une amende.

Que le bail soit fait par acte notarié ou par acte sous seing privé, il doit contenir :

1° Les noms, prénoms, profession et demeure des parties ;

2° Le prix du bail en toutes lettres ;

3° L’époque des paiemens, c’est-à-dire par demi, de six en six mois, ou par quart, de trois en trois mois ;

4° Le temps de la durée du bail ; c’est-à-dire l’époque à laquelle il commence et celle où il finit, lequel temps est à la volonté des parties, mais ne peut excéder neuf ans si le bailleur loue en qualité de tuteur de ses enfans ;

5° La faculté réservée par les deux parties, ou par l’une d’elles seule, de dédite, soit pour les deux termes de la première année, soit pour un seul, soit pour toute la durée du bail. Il est, en effet, permis de faire à ce sujet telle stipulation qu’on veut.

6° La défense de sous-louer sans le consentement écrit du propriétaire ; à cet égard, si le locataire est un marchand, ou exerce un état susceptible de transmission, il doit réfléchir que cette clause peut l’empêcher de vendre son fonds, son atelier, etc. ;

8° La désignation exacte des lieux loués ;

9° L’indication des réparations que soit le propriétaire, soit le locataire s’obligent de faire ;

10° La dispense de payer l’impôt des portes et fenêtres, parce qu’à défaut de cette dispense, cet impôt, avancé par le propriétaire, peut être répété par lui contre son locataire pour les trois dernières années,

Toutes ces clauses sont de rigueur, et de même qu’il n’en faut omettre aucune, il faut se garder d’allonger le bail par d’autres inutiles.

Il convient de faire enregistrer le bail sous seing privé, afin de lui donner une date certaine. Cet enregistrement est peu coûteux. On additionne le montant du bail pour toute sa durée, et sur cette somme totale il est perçu 25 centimes p. %, plus le décime. Ainsi un bail de 400 fr., pour trois ans, fait 1,200 fr. pour la totalité, et à raison de 25 cent. par cent, il est dû 3 francs, plus 30 cent. pour décime. Cette formalité doit être remplie dans les trois mois ; à défaut de quoi on perçoit la moitié en sus par forme d’amende.

(La suite au prochain N°.)

Marius Ch.......g.

AU RÉDACTEUR.

[4.2]Lyon, le 25 juin 1832.

Monsieur,

J’attends avec impatience le jour désiré où la bienheureuse mercuriale doit venir au monde : conçue en décembre dernier, demeurera-t-elle neuf mois avant que de sortir du sein de sa mère ? faudra-t-il attendre encore long-temps le messie promis ? Telles sont les questions que s’adressent tour à tour les chefs d’ateliers entre eux et les compagnons ; je parle des compagnons, car ceux-là aussi ont le droit, quoiqu’ils n’aient pas de domicile, de désirer de gagner leur vie en travaillant sans être obligés de duper les maîtres par une dépense de nourriture qui dépasse le fruit du travail.

Depuis long-temps les ouvriers en soie languissaient dans la misère, lorsque ne voyant plus d’espérance, remarquant que ce n’était pas l’ouvrage qui manquait, mais que l’égoïsme était la principale cause de cette détresse (ce que tout le monde savait bien) ; les ouvriers donc imaginèrent, l’année dernière, de supplier respectueusement l’autorité de vouloir bien remettre en pratique un moyen dont on avait déjà fait usage plusieurs fois à différentes époques. Un tarif, cette pensée n’était pas neuve, on ne se serait pas douté que l’on viendrait ensuite dire qu’un tarif est contraire à la Charte ; imagination nouvelle qui a étonné tout le monde ; en effet, lorsqu’un tarif a été publié de bonne volonté en 1817 sous l’empire de la Charte et sous un roi qui ne connaissait que les intérêts de la noblesse et du clergé, personne alors ne pensa à dire qu’un tarif était contraire aux lois, comment s’en douter aujourd’hui ?

Le tarif demandé l’année dernière n’a jamais été bien compris, puisque ses adversaires le regardaient comme une base fixe et invariable, tandis qu’il ne déterminait que le minimum du prix des façons, c’est-à-dire le prix le plus bas au-dessous duquel on avait dû calculer qu’il était impossible à l’ouvrier de pouvoir vivre ; le mot tarif a peut-être été mal appliqué à ce tableau du prix des façons : minimum était le seul nom qui lui convenait… Mais bref, là-dessus, tarif est mort, il ne ressuscitera pas, la sentence est prononcée, le meilleur de tous les raisonnemens, c’est la force ; or, vous savez pour qui elle est. D’ailleurs, nos maîtres, c’est-à-dire nos chefs naturels, qui en savent bien plus long que nous, ont dit que tout tarif est contraire à la Charte, nous devons le croire, c’est un mot d’évangile commercial : il faut croire et pratiquer ce qu’on y entend et respecter ce qu’on n’y entend pas ; avant que de demander à gagner son pain en bien travaillant, il faut auparavant examiner si en pressurant la Charte on ne trouve pas un mot qui s’y oppose ; car il vaudrait mieux languir et périr tous (ouvriers s’entend), plutôt que de déroger, non pas à la loi, mais à un seul point d’un seul article de la loi.

Quant à nous, pauvres badauds, nous ne connaissons que notre navette et rien autre, nous croyons que les tarifs et les mercuriales se font comme les aunes de gros de Naples ; mais il n’en est pas ainsi ; il faut agir lentement et mûrement. Lorsqu’on nous refusa un tarif, on promit une mercuriale ; vous auriez cru alors que cette mercuriale nous serait donnée sans difficultés ; eh bien ! point du tout, elle a aujourd’hui ses adversaires comme le tarif, et elle ne sera arrêtée et publiée que le plus tard possible ; cependant le commerce languit, il chancèle, et le prix des façons tend à la diminution ; la mercuriale devrait être décidée le plutôt possible pour empêcher les spéculations de quelques petits fabricans qui profitent de la misère des ouvriers pour les faire consentir à des [5.1]diminutions toujours nouvelles sur leurs façons ; les autres fabricans plus philantropes sont entraînés par le courant et sont obligés de suivre les égoïstes ; nous devons donc plaider pour faire accélérer la mercuriale.

Je vous prie, Monsieur, d’en donner des nouvelles dans votre estimable journal toutes les fois que cela vous sera possible, afin que les ouvriers sachent si les fabricans sont leurs amis ou leurs despotes, et s’il faudra attendre encore long-temps des réglemens qui doivent servir de bases assurées sur les droits des ouvriers et des fabricans.

J’ai l’honneur d’être, etc.

Un ouvrier en soie de St-Paul.

AU MÊME.

Monsieur,

Vous indiquez des réunions de fabricans et d’ouvriers comme une chose utile pour parvenir à la répression des nombreux abus qui se sont introduits à Lyon ; parmi ces abus il en est deux surtout qui sont et seront d’autant plus difficiles à extirper qu’ils sont appuyés sur des décrets de l’empire. Je veux parler des courtiers pour la soie et de la condition unique.

Personne, je pense, ne contestera que dans une ville où il se fait un immense commerce de soie, si le gouvernement juge à propos de donner un privilége sur toutes les affaires de ce genre à 20 agens seulement, il doit fixer leurs rétributions de manière à ce qu’elles ne soit pas trop onéreuse au commerce, et que leurs bénéfices soient en rapport avec celui des commerçans qui sont obligés de les employer ; il n’en est rien cependant. Et les privilégiés ont encore eu l’avantage de donner une extension aux termes du décret ; en effet, le courtier réclame 3/4 pour % au marchand de soies, et 3 f. par 50 k. au fabricant. L’escompte sur la soie est de 12 et 1/2 p. % : il y a long-tems que marchands de soies et fabricans sont d’accord que cet escompte est une dérision, mais il est impossible de traiter différemment. MM. du privilége se faisant payer sur le brut, c’est-à-dire sur une somme qui n’existe pas, n’ont jamais consenti à indiquer le prix réel ; c’est donc 7/8me que donne le marchand de soie au courtier, et le fabricant 1 pour %. Il n’est donc pas étonnant d’entendre dire que M. tel se fait 36 à 40 mille francs de revenus. Aussi le droit d’être présenté pour successeur courtier a-t-il été payé jusqu’à 135 mille francs, et est payé communément 110 et 115 mille, En résultat, c’est le fabricant et le travailleur qui payent ce droit onéreux qui n’existe pas dans les autres villes de fabrique, à Nîmes, par exemple.

Pourrait-on demander à MM. de la chambre du commerce, si c’est en vertu du décret du 13 avril 1805, qu’ils font payer la décharge des soies plus du double qu’elle ne leur revient et surtout pourquoi ils les font si mal sécher ? Il y a 4 ans que ces messieurs promettent des améliorations. Je leur demanderai par la même occasion si le décret précité ne leur impose pas de choisir pour directeur un fabricant qui aurait mal fait ses affaires, mais dans tous les cas un fabricant retiré. La place étant devenue vacante, ces messieurs ont choisi M. Félicent qui peut être un très-bon directeur, mais qui était marchand de laine. Il y avait cependant un assez grand nombre de fabricans retirés qui, aux termes du décret, devaient avoir la préférence.

Veuillez M. le rédacteur publier mes réflexions dans votre prochain numéro.

Agréez, etc.

Un Fabricant.

note adressée aux amis des polonais.   

[5.2]Le conseil des Polonais réunis à Avignon et à Lunel, considérant la nécessité d’introduire une haute instruction militaire et citoyenne parmi les officiers, tant pour augmenter les moyens de servir leur patrie et la cause des peuples en général, que pour cimenter de plus en plus la sympathie des deux peuples amis, a songé aux moyens les plus efficaces de répondre à ce but.

Celui qui s’est présenté le premier, et que tous les membres du conseil approuvèrent unanimement, fut d’employer à cet effet, la personne et les ressources scientifiques de leur camarade et compatriote, M. Jazwinski1, auteur de la méthode polonaise connue à Lyon.

En conséquence de cette détermination, il a été décidé à la séance du 9 de s’adresser au Bazar polonais, comme administrateur des moyens pécuniaires, et représentant tous les Français amis de leur nation. Mais les fonds qui sont à la disposition du Bazar, se trouvant soit employés, soit destinés à d’autres objets, le Bazar, malgré l’importance de la demande, se trouve dans l’impossibilité de la satisfaire.

Cette circonstance malheureuse ne permettant pas à M. J. de se rendre à l’honorable invitation de ses compatriotes, et le privant de l’occasion de leur prouver son dévouement, il se voit réduit à user de ses dernières ressources, c’est-à-dire de celle de son industrie. En conséquence de cette nécessité, il s’est déterminé 1° à publier l’exposé de sa méthode ; 2° les tableaux nécessaires pour l’étude de l’histoire des langues et des autres sciences ; 3° à présenter au public ses élèves pour faire voir les résultats de son enseignement à Lyon.

Tout le produit de ces ressources, les seuls frais étant prélevés, sera employé à l’achat des livres, cartes, etc., nécessaires pour organiser l’instruction des officiers dans tous les dépôts des Polonais, en commençant cependant par celui d’Avignon et de Lunel.

M. Jawsinski espère que le concours des amis des Polonais le mettra à même de suffire tout seul à ces dépenses, sans avoir besoin de recourir au secours du Bazar. Il n’aurait pas hésité de satisfaire aux désirs de ses compatriotes sans employer ces moyens, si l’invention et le perfectionnement de sa méthode ne lui avaient déjà coûté sa fortune, son rang et ses espérances.
(Communiquée.)

cri d’alarme en faveur de la société1.     

Rien n’est illusoire dans les rapports que Dieu a mis entre une chose et une autre. Ce n’est donc pas en vain que Dieu a mis en tout temps et partout, dans le cœur de tous les hommes, un désir insurmontable, constant et unîversellement persévérant, d’être plus éclairés et plus heureux. Cette soif de la lumière n’est donc point vaine, et cette faim de la félicité sera rassasiée
Pluche2, Spect. de la nature, t. 3, p. 503.

« Quel est l’homme qui sait aujourd’hui comment empêcher le peuple de mourir de faim, l’industrie d’expirer d’inanition, l’ordre social de crouler sous les émeutes ? »

C’est ainsi qu’un journal dont les paroles sont toujours graves et l’influence puissante, le Temps, s’exprime dans sont numéro du 22 juin dernier. Serons-nous encore long-temps à faire cette question ? car de sa solution dépend l’avenir du genre humain, car c’est là qu’est la plaie qu’il faut guérir. De toutes parts un cri d’alarme [6.1]est jeté. Un orateur patriote et puissant d’aveniri a dit à la tribune : Ce n’est plus l’opinion qui groupe l’émeute, c’est la misère qui pousse à la révolte. En considérant la société sous ce point de vue, les droits politiques n’ont plus qu’un intérêt relatif, ils n’apparaissent qu’au second plan ; les peuples veulent entrer dans la terre promise du bien-être, ils ont trop de lumières pour n’avoir pas honte des haillons de la pauvreté. Il faut que le prolétariat disparaisse, et avec lui l’émeute cessera ; mais ce prolétariat ne peut finir qu’autant que le nécessaire et l’instruction seront le fruit du travail, le prix de l’intelligence. Alors ce beau rêve de l’égalité sociale, que l’Echo a présenté à lecteurs, sera accompli,

La presse n’aura point été étrangère à ce résultat désiré et prochain. De toutes parts, sous toutes les formes, elle proclame ces vérités :

La paix est la première condition du bonheur des peuples ;

Le travail est la source unique de leur richesse ;

Les arts et les sciences sont les élémens de leur grandeurii3.

La révolution française a fait table rase. l’Europe a reçu par elle un baptême de sang et de gloire. Un nouvel ordre social a surgi : il se consolidera et s’améliorera, car l’humanité est soumise à la loi du progrès… Elle tend à l’association universelle… Hâtons-nous de sanctifier, d’organiser, de protéger le travail, car il est le gage de la paix et de l’harmonie parmi les peuples. Le pauvre ne verra plus d’un œil d’envie les capitaux du riche lorsqu’ils commanditeront son industrie, il respectera les propriétés d’autrui quand il aura les moyens d’acquérir lui-même.

Les arts et les sciences vivifient le travail par leurs brillantes inspirations, et leur concours harmonieux facilite et décuple ses produits. Dérobant à la nature le secret de ses merveilles, le savant la rend tributaire de son génie ; il prépare, il élabore et enfante les prodiges que l’artiste sait encore embellir des charmes que son imagination a créés, que le poète chante dans un langage divin, et que l’historien raconte pour l’instruction des races futures. Sanctifions donc aussi les sciences et les arts ; harmonisons leur puissance de création, leur force et leur beauté, avec l’énergie et l’activité du travail ; et bientôt de cette union, de cette divine harmonie naîtra l’industrie, cette reine future du monde, qui reliant les hommes par le besoin qu’ils ont l’un de l’autre, les réunira pour le bonheur général, dans une association politique universelle, où chacun dévelopera librement et pour le profit de tous les facultés que la nature aura mises en lui. Ainsi s’accomplira ce que le christianisme a commencé, ce qu’il n’a point eu pouvoir d’achever, parce que le temps de la régénération n’était point arrivé. Alors tous les priviléges auront disparu : l’inégalité sociale ne divisera plus ceux qui ont et ceux qui n’ont pas, plus de castes, plus de haines, plus de divisions et de guerres ; le fer de la lance sera changé en soc de charrue ; les trésors du globe seront transportés d’un bout du monde à l’autre avec la rapidité de l’éclair, par la vapeur que le génie de l’homme aura appris à maîtriser. Les mers ne seront plus que de vastes canaux servant à l’échange des produits de l’industrie : les chemins de fer auront rapproché toutes les distances ; l’univers entier ne sera plus qu’un immense atelier, où la production incessamment active, affranchie de la concurrence et du monopole, trouvera dans la division du travail, [6.2]habilement combinée, une source féconde et intarissable de richesses qui satisfera tous les besoins et contentera tous les désirs.

Ce n’est point une chimère que nous poursuivons. Le siècle marche, on pourra bien l’enrayer quelques instans, mais rien ne saurait l’arrêter.

Marius Ch..........g.


i M. Garnier-Pagès.
ii Nous avons extrait ces axiomes et un grand nombre des réflexions qui suivent, du prospectus d’un nouveau journal qui va paraître à Verdun (Meuse), sous le titre de l’Industriel, journal des progrès.

Dans la séance du conseil des prud’hommes du 23 juin, un chef d’atelier fit comparaître le sieur Pelet, fabricant, pour avoir refait un chiffre sur son livre, ce qui le mettait en solde ; la pesée étant de 500 grammes, se trouvait de 700, parce que du 5 on avait fait un 7. Le conseil, après avoir examiné attentivement le livre, a reconnu que le chiffre avait été refait, et a donné gain de cause au chef d’atelier.

Ceci nous fait faire des réflexions pénibles : chaque séance du conseil voit débattre de pareilles causes. Ce n’est pas tout que de rendre justice à qui de droit ; il faudrait, par une mesure forte, énergique, arrêter ces méfaits. Il y a peu de temps qu’on menaça un chef d’atelier de l’envoyer pardevant le procureur du roi, parce qu’il avait gardé une demi-aune de peluche pour se faire un chapeau : de refaire un chiffre sur un livre, pour tromper un ouvrier, n’est-ce pas plus punissable ? est-ce que le conseil voudrait n’être sévère qu’envers les ouvriers ? nous ne le pensons pas. Ainsi le conseil des prud’hommes devrait exiger que dorénavant on ne pût lui présenter un livre sans que le poids des matières et sommes d’argent soit écrit en toutes lettres ; nous l’avons demandé cent fois, et nous ne savons pas pourquoi on met tant de ténacité à se rendre à une règle qui est de toute justice.

CONSEIL DES PRUD’HOMMES

Séance du 28 juin,

(présidée par m. goujon.)

La séance est ouverte à six heures un quart.

Douze causes ont été appelées, aucune n’a fait défaut. Voici celles qui ont offert quelqu’intérêt :

M. Helken, père d’un apprenti, réclame au sieur Carré les effets que ce dernier avait retenus, parce que le jeune homme s’était enfui sans causes valables, l’apprenti étant resté trois mois chez le maître, et le père se refusant de le faire rentrer, le conseil le condamne a payer la somme de 45 fr. à titre d’indemnité.

Le sieur Gouat, ouvrier tulliste, a fait assigner M. Beauman pour des flottes excédant la longueur voulue par la loi ; le conseil faisant droit à sa réclamation, condamne le sieur Beauman à payer à l’ouvrier 50 c. par flotte.

La demoiselle Colat, apprentie, se plaint que le sieur Gireaud, son maître, l’a occupée long-temps sans rien lui donner à gagner, qu’il ne peut pas lui montrer à travailler puisqu’il n’est pas de la fabrique, que sa femme n’y connaît rien, qu’ils ne sont pas même chez eux, étant occupés ailleurs ; elle se plaint aussi d’avoir été maltraitée. Le conseil décide que l’apprentie sortira, et qu’elle pourra se placer autre part comme apprentie.

M. Goupet, chef d’atelier, fait assigner la demoiselle [7.1]Garapon qu’il prétend prendre en contravention parce qu’elle a occupé un ouvrier qui lui devait 7 fr. 50 cent. mais n’étant pas en possession du livret qui était encore chez la mère dudit Goupet, à qui l’ouvrier devait une somme de 50 fr., dette qui avait été contractée antérieurement à celle de 7 fr. 50 c.

Le conseil, après avoir écouté avec la plus scrupuleuse attention, tous les ayant-cause, décide que la contravention est nulle et que chaque créancier conserve ses droits.

M. Lavasser, chef d’atelier, réclame à MM. Chaume et Colin, un défrayement de montage de métiers 5/4, n’ayant pas fait assez d’ouvrage pour couvrir les frais. Il observe aussi qu’il a perdu vingt jours pour attendre différentes choses. Le conseil faisant droit à ses réclamations, qui ne sont pas démenties, condamne MM.  Chaume et Colin, à payer au chef d’atelier 50 fr. d’indemnité.

M. Chevalier réclame à MM.  Chaume et Colin, un défrayement pour montage de métier 6/4, crêpe de Chine uni, plus sur façon de pièce portée au dessous du cours et sans en être d’accord. Le conseil condamne MM.  Chaume et Colin, à payer au chef d’atelier, la somme de 50 fr., pour les différences de façons et indemnité.

Quatre ouvriers imprimeurs font appeler Mme Baralle, maîtresse d’une imprimerie sur tissu. Les demandeurs étant allemands, ils sont défendus par un gendarme qui leur sert d’interprète. Les ouvriers réclament une indemnité pour 19 journées perdues. Mme Baralle observe qu’elle n’en doit que 17, attendu qu’ils ont refusé de faire de l’ouvrage qu’elle leur a offert, et qui pouvait les occuper deux jours. Le président demande à l’interprète quelle est l’indemnité que réclament les ouvriers. Il répond qu’ils demandent 3 f. par jour chacun. Mme Baralle dit que leur contestation était toute là, parce qu’elle pensait ne leur accorder que trois francs par jour pour les quatre ouvriers, mais qu’elle s’en tiendrait à la décision du conseil, qui a condamné Mme Baralle, à payer à chaque ouvrier, 2 fr. par jour pour 17 jours ; c’est-à-dire, 34 f. à chacun.

La séance est levée à 8 heures.

Nous lisons les passages suivans dans le Patriote du Puy-de-Dôme1 :

Après le procès politique des lyonnais sont venus ceux des ouvriers qu’on accusait de meurtre, d’incendie, de vol et de pillage : c’était là, disait-on, qu’on trouverait toutes les turpitudes de l’insurrection lyonnaise : c’était alors que seraient justifiées les paroles de messieurs Jars et Fulchiron et les rapports officiels du Moniteur : écoutons,

Un homme était accusé d’avoir coupé la sangle d’une selle ; il est resté sept mois en prison pour cela. Son dénonciateur a reçu cent écus pour prix de sa délation, le fait a été raconté à l’audience : il avait même osé demander la croix. Un autre a été privé le même espace [7.2]de temps de sa liberté, pour avoir emmanché une épée dans une monture en bois, un troisième pour avoir bu le vin des commis de l’octroi pendant qu’on se battait : un quatrième sans qu’on pût lui dire pourquoi. – A la fin les jurés paraissaient ne plus vouloir rentrer dans la salle de leurs délibérations pour rendre leurs verdicts.

En même temps que tous ces acquittemens se prononçaient à l’unanimité, on disait partout sur le passage de quelques uns des témoins : « C’est donc là une croix de novembre. » Et ces messieurs baissaient la tête.

LITTÉRATURE.

vers sur la mort d’élisa frisel,

par m. de chateaubriand1.

A la préfecture de police, le 17 juin 1832

Il descend ce cercueil, et les roses sans taches
Qu’un père y déposa, tribut de sa douleur,
Terre, tu les portas, et maintenant tu caches
Jeune fille et jeune fleur.

Ah ! ne les rends jamais à ce monde profane,
A ce monde de deuil, d’angoisse et de malheurs.
Le vent brise et flétrit, le soleil brûle et fane
Jeune fille et jeune fleur.

Tu dors, pauvre Elisa, si légère d’années,
Tu ne crains plus du jour le poids et la chaleur :
Elles ont achevé leurs fraîches matinées,
Jeune fille et jeune fleur.

Mais ton père, Elisa, sur ta cendre s’incline :
Aux rides de son front a monté la pâleur,
Et vieux chêne, le temps fauche sur sa racine,
Jeune fille et jeune fleur.

VARIÉTÉS.

Extrait de la bibliothèque universelle de Genève1

le canut et le lazzaroni2.

Un canut travaille tout le jour dans le mauvais air, gagne vingt sous et meurt de faim. Un lazzaroni se récrée dans les rues, se couche au frais ou se chauffe au soleil, ne gagne rien, vit de rien, s’inquiète peu, certain que c’est à ses maîtres de le nourrir. Un canut est libre, direz-vous ? libre de quoi, s’il vous plaît ? libre de se promener ? s’il a le temps ; de boire, manger ? s’il a de quoi ; de vivre ? pas toujours ; de se tuer ? davantage, si on ne l’empêche pourtant : c’est un esclave lié, garotté par la misère, la faim, le froid, la loi, les gendarmes, tous maîtres qui ont la main rude et d’entrailles peu, sans compter le fabricant qui, par métier, les a de bronze.

[8.1]costume des saints-simoniens.

- Les hommes portent par-dessus le pantalon une sorte de blouse très-courte, avec fraise bien plissée en place de col. Le père suprême se ceint d’une bande de velours. Pour les disciples, la ceinture est de cuir verni.

Ce costume a été revêtu par eux le jour de la Pentecôte.

- « Un français du département du Nord, fait prisonnier en Russie, dans la campagne de 1812, vient de rentrer dans ses foyers après 10 mois de marche. Il porte au menton une marque faite avec un fer chaud, que l’on a appliquée, dit-il, à tous ses compatriotes, afin de les reconnaître en cas d’évasion. Il a été renvoyé parce qu’il ne peut plus traîner la charrue.

Il annonce que plusieurs de ses compagnons d’infortune doivent comme lui obtenir leur libération. »
(La Boussole, journal de Lille.)

- Dimensions de la Terre. Le docteur E. Schmidt, de Gattingen, vient de publier le résultat de ses derniers calculs relativement aux dimensions les plus probables du sphéroïde terrestre, d’après l’ensemble des mesures de degrés faites dans le sens des méridiens. La longueur du degré de latitude, évaluée en toises françaises, qui résulte des calculs du docteur Schmidt, est de 57,008 toises 715, la longueur du grand axe est de 3,271,773 toises 00, celle du petit axe est de 3,260,940 toises 03 ; l’aplatissement est par conséquent de 1/30202. La longueur du mètre, ou la dix-millième partie du quart du méridien terrestre, résultant des mêmes calculs, est de 443 lignes 29,977, et se rapproche beaucoup, comme on le voit, de la valeur légale qui est de 443 lignes 296.
(Bibl. univ.)

AVIS.

Le préfet du Rhône donne avis que la session du jury médical s’ouvrira incessamment.

En conséquence, les aspirans au titre d’officier de santé, pharmacien, herboriste ou sage-femme, sont invités à se présenter immédiatement à la préfecture, pour se faire inscrire à l’effet d’être admis à l’examen du jury.

Lorsqu’ils se présenteront à l’examen, les aspirans devront rapporter un extrait de leur acte de naissance et un certificat d’études.

ANNONCES DIVERSES.

anti-tabac à priser et à fumer, 2 fr. le 1/2 kilo. Cigarres à 30 et 60 c. la douzaine. Pour avoir un débit en province, écrire franco à P. Clament-Zuntz, inventeur de l’anti-tabac, rue Traversière-St-Honoré, n° 41, à Paris.

changement de domicile.

Me Coron, notaire, ci-devant rue St-Côme, n° 8, a présentement son étude rue du Plâtre, n° 1 au 2me étage, à l’angle de la place St-Pierre, à Lyon.

[8.2][40] Le sieur David prévient les chefs d’ateliers et dévideuses, qu’il adapte son nouveau procédé aux anciennes mécaniques rondes et longues, soit pour le dévidage, trancanage et pour les canettes, ensemble ou séparément. Par ce moyen, les anciennes mécaniques deviennent telles que celles de son invention ; le tout a un prix très-modéré. Il fait aussi toutes sortes d’échanges de ses nouvelles mécaniques avec les anciennes ; ce qui fait qu’il a toujours chez lui un assortiment de mécaniques à dévider, en rencontre, à bon marché et avec garantie.

Place Croix-Paquet, au bas de la côte St-Sébastien.

- On demande un ouvrier pour un velours plein, tramé cru, payé 5 fr. 50 c.
S’adresser chez M. Gay, rue Flesselle, n° 4, au 2e.

On demande une dévideuse ayant sa mécanique : on se chargerait de lui fournir de l’ouvrage et de la loger.
S’adresser chez M. Guibaud, rue St-Marcel, n° 2, au 4me.

- On demande des ouvriers ou ouvrières pour occuper des métiers en différens articles, unis et façonnés,

[45] Plusieurs Navettes en cuivre à vendre
S’adresser au Bureau du Journal.

A prendre, un métier de velours façonnés fond satin payé 8 fr., et un autre en velours unis, chez M. Drivon (cadet), côte des Carmélites, à la barrière de fer,

A louer de suite, un appartement de 3 jolies pièces, et à vendre un atelier composé de 4 métiers à la Jacquard, en très-bon état, placés dans cet appartement.
Le preneur aurait la faculté de prendre ou laisser ladite location.
S’adresser, pour plus amples renseignemens, à M. Benoît, homme d’affaires, quai de Retz, n° 36, dans la matinée.

A prendre, un métier gros de Naples, rue Godefroy, maison Boissac, n° 7, au 4me etage ;

[50] On demande un ouvrier ou une ouvrière en soie, pour façonnés.
S’adresser rue Thomassin, n° 20, au 4e.

lampe météore.

Le sieur Galland fils, ferblantier, rue des Farges, n° 112 prévient le public qu’il est l’inventeur de la Lampe météore qu’il vient de déposer au conseil des prud’hommes qui, par ce dépôt, l’a autorisé à en conserver la propriété pendant cinq ans. Cette lampe, qui se fabrique de diverses formes, en fer-blanc, étain et cuivre, offre de grands avantages ; d’abord elle ne donne aucune ombre, sa clarté est du double de celles qui ont été en usage jusqu’à ce jour ; mais, ce qui la rend indispensable aux chefs d’ateliers, c’est qu’elle ne consomme qu’une once et demie ou 45 grammes d’huile en sept heures.

Ses dépôts sont :

Chez MM. Bel, négociant, rue des Capucins, n° 7 ;
Paquet, épicier, rue Vielle-Monnaie, n° 27 ;
Schuslre, plieur, rue Donnée, n° 4, au 4me ;
Mougeolle, menuisier, rue Belle-Lièvre, près la place ;
Galland ainé, ferblantier, place du Plâtre, n° 4 ;
Peyzaret, rue d’Orléans, n° 7, aux Broteaux ;
Philippe, fabricant de navettes, rue Juiverie.

buffard ainé,

plieur en tous genres,

Grande place de la Croix-Rousse, n° 23, au 2me.

Tient quatre pliages pour les poils de peluche au fil, avec toutes les améliorations possibles jusqu’à ce jour.

prix courans :

200 aunes : 2 f. 50 c.
250 id. : 3 f.
300 aunes : 3 f. 50 c.
350 id. : 4 f.

Le sieur Buffard prévient les chefs d’ateliers qu’il tient chez lui des mettages en corde d’un nouveau procédé et au prix le plus modéré. Déjà plusieurs négocians et chefs d’ateliers en ont fait un heureux essai.

Notes (LYON.
INDUSTRIE LYONNAISE.)

1 L’auteur de ce texte est François Barthélemy Arlès-Dufour d’après la Table de L’Echo de la Fabrique (numéros parus du 30 octobre 1831 au 30 décembre 1832).
2 Il faut rappeler qu’en 1830, la France est le deuxième exportateur parmi les principaux pays européens, sa part relative dans le commerce européen est de 15.9 %. Les tissus de soie représentent 40 % des exportations de produits manufacturés. Entre 1827 et 1836, l’Allemagne représentait 7.65 % des exportations françaises, le Royaume-Uni, 9.08 %, la Suisse, 4.24 %, l’Italie, 6 %, l’Espagne, 5.62 %, les États-Unis, 13.41 %, la Russie, 1.26 %, et le reste du Monde, 52.76 %, référence : F. Braudel et E. Labrousse, Histoire économique et sociale de la France, tome 3, Paris, P.U.F., 1993, p. 335-346.
3 L’auteur de ce texte est François Barthélemy Arlès-Dufour d’après la Table de L’Echo de la Fabrique (numéros parus du 30 octobre 1831 au 30 décembre 1832).

Notes (de la défense devant le conseil des...)
1 L’auteur de ce texte est Marius Chastaing d’après la Table de L’Echo de la Fabrique (numéros parus du 30 octobre 1831 au 30 décembre 1832).
2 Avec « l’établissement d’une jurisprudence fixe » sur le travail, l’exigence de libre défense constituera la principale revendication que les canuts et leur presse adressèrent au fonctionnement des prud’hommes. Ils se plaignaient des nombreux désavantages qu’enregistrait le canut lorsqu’il avait à se défendre isolément devant le fabricant et devant le Conseil. Les journalistes de L’Echo de la Fabrique demandaient alors la liberté, pour le canut, de se faire aider, notamment par un avocat, lors des affaires qu’il avait à présenter devant les prud’hommes. Le thème va être débattu à de nombreuses reprises durant l’été 1832. En janvier 1833 au moment du renouvellement du Conseil, alors que les prud’hommes chefs d’ateliers étaient décriés pour leur inefficacité, L’Echo conseillera aux électeurs canuts d’exiger de leur nouveau représentant la défense de la jurisprudence fixe et celle de la « liberté de la défense » (numéro du 13 janvier 1833). En janvier 1834 encore, récemment réélu comme représentant des canuts aux prud’hommes, Pierre Charnier demandera au préfet Gasparin de favoriser deux mesures principales ; l’élargissement du système électoral (abaissement à deux métiers seulement) et surtout, « le droit de libre défense » (numéro du 19 janvier 1834).

Notes (Nous voulions répondre aux articles des n os...)
1 Michel-Ange Périer, avocat et républicain, combattant de Juillet et surtout de Novembre 1831 où il se rangea au côté des canuts. Il sera l’un des rédacteurs de La Glaneuse. Accusé et acquitté lors du procès de Riom il sera en juillet 1833 l’un des membres du premier « comité invisible » de la Société des droits de l’homme. Il a surtout été l’un des principaux avocats des causes impliquant des canuts ou d’autres corps de métiers lyonnais lors des années 1831-1834.

Notes (A propos d’un article extrait du Journal des...)
1 L’auteur de ce texte est Léon Favre d’après la Table de L’Echo de la Fabrique (numéros parus du 30 octobre 1831 au 30 décembre 1832).

Notes (JURISPRUDENCE USUELLE)
1 L’auteur de ce texte est Marius Chastaing d’après la Table de L’Echo de la Fabrique (numéros parus du 30 octobre 1831 au 30 décembre 1832).

Notes (note adressée aux amis des polonais.   ...)
1 Antoni Jazwinski, réfugié polonais, il venait de publier à Lyon chez l’imprimeur J.-M. Boursy une brochure intitulée Méthode polonaise appliquée à la chronologie, l’histoire, la géographie, l’étude des langues… les mathématiques… l’histoire naturelle, la physique, la chimie, les codes des lois, les sciences militaires, la médecine et l’analyse des ouvrages en général.

Notes (cri d’alarme en faveur de la société ....)
1 L’auteur de ce texte est Marius Chastaing d’après la Table de L’Echo de la Fabrique (numéros parus du 30 octobre 1831 au 30 décembre 1832).
2 L’Abbé Noël Pluche (1688-1761) avait publié au XVIIIe siècle deux titres ayant obtenu un grand succès dont Le spectacle de la nature, ou entretiens sur les particularités de l’histoire naturelle.
3 La sensibilisation aux problèmes techniques et leurs conséquences en matière de progrès économique et social fait l’objet d’intenses développements au début du XIXe siècle, chez les économistes classiques. Say en particulier notera qu’obtenir « plus de produit pour le même travail humain, c’est le comble de l’industrie ». Tous les économistes insistent sur la baisse des prix comme conséquence du progrès technique, référence : B. Gilles, Histoire des techniques, Paris, Gallimard, 1978, p. 724-751.

Notes (Nous lisons les passages suivans dans le...)
1 Il s’agit ici de : Le Patriote. Journal politique, littéraire et d’annonces du Puy-de-Dôme, de l’Allier, du Cantal et de la Haute-Loire, publié à Clermont-Ferrand depuis juin 1831 et porté par l’activité d’Ulysse Trélat (1795-1879).

Notes (LITTÉRATURE.)
1 Elisa Frisell, fille d’un ami de Chateaubriand décédée à 17 ans dans le courant de juin 1832. Sa mort inspira « vers élégiaques » et « strophes » à Chateaubriand qui était alors en détention à la préfecture de Paris car suspecté d’être impliqué dans le complot légitimiste de la duchesse de Berry.

Notes (VARIÉTÉS.)
1 Ces notices sont tirées très probablement de la Bibliothèque universelle des sciences, belles-lettres et arts, publiée à Genève (puis à Genève et Paris) depuis 1816.
2 Le mot lazzaroni dérive du nom de saint Lazare, patron des lépreux, ressuscité par Jésus. Il désigne à Naples les couches les plus déshéritées de la population. En italien, ce mot désigne non seulement des miséreux, mais aussi des canailles ou des fainéants.

 

 

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