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20 janvier 1833 - Numéro 3
 
 

 



 
 
    
 SUR L’ÉLECTION
Des prud’hommes négocians.

Des noms trop significatifs seraient un commencement d’hostilités. La guerre appelle la guerre.
(L’Echo, n° 62, De l’élection prochaine des prud’hommes.)

Nous nous étions adressés aux négocians, et nous leur avions fait entendre des paroles de paix. Ils n’ont pas voulu ou ils n’ont pas su nous comprendre. Nous désirions de poser les armes et amener chefs d’atelier et marchands à fraterniser ensemble. Notre espérance est malheureusement déçue. Nous continuerons à combattre puisqu’il le faut.

Aucune amélioration pacifiquement obtenue n’est possible avec la composition actuelle du conseil des prud’hommes. Il ne s’agit plus d’espérer la libre défense, l’établissement d’une jurisprudence fixe. On ne pouvait attendre la première que d’un conseil pénétré de ses devoirs et des droits des justiciables ; la seconde ne pouvait être demandée qu’à des hommes au-dessus de tout intérêt de caste et amis de la classe ouvrière. Ce serait peine perdue aux prud’hommes chefs d’atelier d’en faire la demande à leurs collègues ; ce serait folie aux ouvriers d’y songer.

Organes des ouvriers, notre opinion est connue sur MM. Riboud, Brisson et Reverchon, ils rentrent au conseil, et dès lors MM. Goujon et Gamot auront des soutiens dans leurs principes hétérodoxes et antipathiques aux ouvriers. A eux viennent se joindre M. Bender qui a invoqué l’édit désastreux de 1744, qui écrit sur les livres de tous les ouvriers qu’il emploie : Le laçage des cartons à la charge du maître ; point de tirelles. M. Troubat dont les démêlés avec M. Desmaisons ne sont pas oubliés ; M. Carrier qui est connu sur la place pour l’un de ceux qui payent le moins les ouvriers. Avons-nous besoin d’en dire davantage. Ces choix sont-ils assez significatifs ? où trouver des noms plus hostiles ? C’est ici le cas pour nous de déplorer la démission de M. Estienne, le seul qui ait voté avec ses collègues [3.1]chefs d’ateliers, le seul qui ait reconnu la justice des plaintes des ouvriers, et la nécessité de les réintégrer dans la jouissance de leurs droits, méconnus et violés par la cupidité et l’orgueil réunis. Nous ne savons si M. Paul Eymard voudra recueillir l’héritage de M. Estienne, nous n’avons entendu aucune plainte contre lui, on le verrait même avec plaisir à la présidence ; mais il est bien jeune, et nous ne pouvons nous empêcher de faire un retour sur le passé ; car M. Goujon aussi s’était annoncé sous des dehors de popularité dont il se dépouilla le lendemain du jour où il monta sur le fauteuil, grâce à l’appui des prud’hommes chefs d’atelier dont il avait surpris la bonne foi. Qu’adviendra-t-il d’un tel état de choses ? Dii omen avertant !

 

 

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