L'Echo de la Fabrique : 9 décembre 1832 - Numéro 59

 BUDGET
d’un homme du peuple en bretagne.

Il est curieux de vérifier ce qui revient à chaque prolétaire bas-breton, ce que lui prennent le monopole et l’impôt, et ce qui lui reste pour vivre. Ce budget du peuple parlera aux yeux, et fera comprendre la situation des neuf dixièmes de notre population. Le journalier gagne 125 fr. par an ; en ajoutant à cette somme 80 francs que peut gagner sa femme pour deux cents jours de travail, et il est rare que ses enfans lui laissent autant de jours libres, on aura une somme de 205 fr., pour une famille qui n’a jamais moins de cinq à six personnes à entretenir. Maintenant, voyons ce que l’impôt prend sur ce faible avoir. D’abord 17 fr. 10 cent. pour la taxe du sel ; 12 fr. pour le monopole du tabac ; [6.1]contribution mobilière et personnelle, 1 fr. 9 cent. ; en tout 30 fr. 19 cent., c’est-à-dire plus de la septième partie de ce que possède la pauvre famille. Reste donc 174 fr. 81 cent. ; mais sur cette somme, il faut retrancher le loyer qui est au moins de 24 fr. ; reste à 150 fr. 81 cent., toujours pour six personnes, ce qui donne 25 fr. 13 cent. par personne. Ainsi, pour 25 fr. 13 cent., il faut qu’un être humain se nourrisse, s’habille, se chauffe et s’éclaire. Pour 25 fr. 13 cent., c’est ce que coûte un chapeau de femme ! ce qu’on paie par tête pour un dîner chez Véfour ! ce qu’on joue à l’écarté entre deux contredanses ! 205 fr. de revenu au journalier ! De sorte qu’un préfet coûte autant à lui seul que cent journaliers ; la liste civile suffirait pour en faire vivre cent mille ! Puis demandez à quoi bon quelques millions d’économie : eh ! cinq millions seulement, c’est la vie de cinquante mille de nos semblables…

(Le Finistère.1)

Notes de base de page numériques:

1 Il s’agit probablement de l’Annuaire du département du Finistère, publié à Quimper depuis 1830.

 

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